Séminaire F.L.Wright - Au-delà de Broadacre City : l'urbanisme de Frank Lloyd Wright - Neil LEVINE
10 décembre 2015
Sixième et dernière séance du séminaire de Master Histoire, Patrimoines, Études européennes, spécialité Patrimoines et archéologie (Master 1 & 2) consacré à l’architecte américain Frank Lloyd Wright, organisé en partenariat avec le Musée d’Orsay (Paris), pour cette année 2015-2016. La séance est assurée en français par Neil Levine, Emmet Blakeney Gleason Professor of History of Art and Architecture (Modern Architecture) de la Harvard University. Son propos portant sur la pensée urbaine de Wright est une synthèse de l’ouvrage The Urbanism of Frank Lloyd Wright que vient de publier l’Université de Princeton et dont l’ambition est de réévaluer le rôle tenu par Wright, considéré communément comme un partisan anti-urbain de la maison individuel, dans l’histoire de l’urbanisme moderne. Neuf études de cas ont été choisies dans ce but, depuis l’aménagement d’un bloc complet dans la banlieue de Chicago en 1896, jusqu’au projet pour la ville de Baghdad dans les années 1950, en passant par les sites du Loop de Chicago, de Washington, de Madison et de Pittsburgh ainsi que la maquette de Broadacre city. Une séquence de questions permet de revenir notamment sur les collaborateurs de l’architecte au cours de sa carrière ou encore sur l’importance respective des commandes domestiques et publiques dans l’œuvre du maître de Taliesin.
Description longue :
Le propos de Neil Levine portant sur la pensée urbaine de Frank Lloyd Wright commence par quatre courts préambules mettant en contexte le thème abordé : l’importance du projet de Broadacre City dans l’historiographie, le rôle déterminant du U.S. Rectangular Land Survey dans l’organisation du territoire et des villes américaines, la structure spécifique de celles-ci en comparaison des cités européennes et enfin le modèle dit de la « City Beautiful » en vogue notamment après l’exposition universelle de Chicago en 1893 (plan de Daniel Burnham).
Suivent ensuite les analyses de neuf projets urbains de Frank Lloyd Wright dont l’articulation chronologique permet de faire émerger l’évolution des conceptions de l’architecte entre 1896 et 1959, soit plus de 60 ans.
Le premier projet, de 1896, prend place dans le quartier où vit l’architecte, Oak Park dans la banlieue de Chicago. Confié à Wright par Charles Roberts, il s’agit de l’aménagement d’un îlot complet divisé en 22 parcelles pour accueillir autant de maisons. La solution proposée par Wright se distingue par l’habilité du découpage foncier permettant de créer un espace en partage au cœur de l’îlot.
En 1901, Wright répond à la sollicitation du Ladies’ Home Journal par le projet « Home in a prairie town » qui ne se limite pas seulement à une maison mais à un bloc de 4 résidences. Cela donne lieu à une nouvelle analyse de Neil Levine pointant le dispositif trouvé par l’architecte pour associer vie privée et espace collectif.
Onze ans plus tard, Wright participe à un concours organisé par le Chicago City Club consistant en l’aménagement de 65 hectares en périphérie de Chicago. Là encore, la solution proposée par Wright s’avère fort différente de celles de ses concurrents. L’architecte connecte subtilement le nouvel aménagement à la ville et répartit les équipements et les résidences dans une composition innovante notamment par son caractère ouvert et extensible.
Le quartier central de Chicago (appelé le Loop) fait aussi l’objet de l’attention de Wright lorsqu’en 1926, celui-ci propose le Skyscraper Regulation project. Il s’agit cette fois de traiter des questions de gratte-ciel et de circulation automobile tout en restant sensible à la problématique du partage d’espaces collectifs par les usagers. Le projet traite de ces questions par une superposition de circulations pour les différents usagers (automobiles, livraisons, piétons, etc.) selon une disposition étagée qu’on trouve chez d’autres concepteurs de l’époque. Cela montre que Wright n’est pas la figure en marge des débats urbains et architecturaux que l’historiographie a construite.
Neil Levine traite ensuite le cas de Broadacre city, projet initié en 1929, avant la crise économique, et devenu très célèbre par la suite. L’analyse menée repose sur une confrontation entre le modèle urbain proposé par Le Corbusier et la maquette de Broadacre City qui serait la réponse de Wright. L’urbanisme du Franco-suisse est opposé au « ruralisme » du modèle de l’américain. Les quatre derniers projets analysés par Neil Levine démontrent que Wright a continué à traiter des grands centres urbains.
Des habitants de Madison, la ville de jeunesse de Wright, sollicitent l’architecte au milieu des années 1930 pour achever la liaison entre le centre-ville et le lac. Le projet, jamais réalisé tel qu’imaginé, se présente comme une immense mégastructure à plusieurs niveaux mêlant les fonctions civiques, commerciales et de loisirs, et répondant à la fois au Capitole du Wisconsin qui domine la ville et au lac par une forme en amphithéâtre. Il s’agit au sens strict d’un aménagement spectaculaire.
Deux ans plus tard, Wright est appelé à Washington pour concevoir un bloc associant parking et gratte-ciel à proximité du centre civique de la capitale des États-Unis. Comme à Chicago en 1926, l’architecte propose une nappe à niveaux multiples intégrant plusieurs fonctions (particulièrement les automobiles), surmontées d’une place publique autour de laquelle se déploient en arc les tours de logements et d’hôtels. Le projet, véritable réponse au Rockefeller Center de New York, célébré par Henry-Russell Hitchcock, sera rapidement abandonné.
Le maître de Taliesin a une nouvelle occasion de proposer des solutions neuves pour associer automobiles et espaces multifonctionnels, sept ans plus tard, lorsqu’Edgar J. Kaufmann le mobilise pour réaménager la pointe de l’île formant le centre de Pittsburgh. Le site de 24 hectares donne lieu à une mégastructure mettant en interrelation la circulation automobile, les parkings et les équipements civiques, commerciaux et de loisirs en une gigantesque mégastructure prenant la forme d’une ziggourat. L’enjeu est important : il s’agit de ramener en plein centre-ville une population qui tend à vivre en lointaine périphérie. L’ampleur de la solution fait peur aux autorités locales qui abandonnent le projet.
Enfin, le propos s’achève avec le cas de la ville irakienne de Bagdad où interviennent diverses figures de l’architecture internationale en 1956-1957 grâce au volontarisme de la monarchie hachémite. Après diverses tractations, Wright se voit confier une île complète dominé par un projet d’opéra et faisant face à un nouveau campus universitaire. À la différence de ses homologues européens, Wright prend véritablement en compte le contexte historique et culturel proposant des formes rappelant la ville ancienne de Bagdad (circulaire) et des réminiscences des contes arabes. La chute de la monarchie dès 1958 met un terme au projet.
La conférence s’achève par une série de questions sur le processus de création de Wright en liaison avec ses divers collaborateurs ou encore l’importance déterminante qu’accordait Wright à ses projets publics et urbains en regard de son importante production de maisons particulières.
Infos
- Nicolas Duquennoy
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- Neil LEVINE (Contributeur)
- 15 décembre 2015 00:00
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